Journaliste :
Monsieur Arsène Zagabe, que vous inspire la récente sortie médiatique du député national Patrick M. ?
Arsène Zagabe :
Elle m’inspire une chose très simple : en politique, il ne suffit pas de proclamer sa loyauté, encore faut-il avoir un passé qui ne la contredit pas. Le député Patrick parle de fidélité au Chef de l’État, mais son parcours laisse apparaître des zones d’ombre qui affaiblissent considérablement la crédibilité de ce discours.
Journaliste :
Vous remettez donc en cause la sincérité de son engagement ?
Arsène Zagabe :
Je remets en cause la cohérence entre ses paroles et ses actes. La loyauté n’est pas une posture médiatique, c’est une discipline morale. Lorsqu’un acteur politique donne l’impression de naviguer selon les vents, il ne peut pas, du jour au lendemain, se présenter comme un repère de fidélité.
Journaliste :
Vous avez aussi été très critique sur le rôle des élus…
Arsène Zagabe :
Oui, parce qu’il faut dire les choses telles qu’elles sont. À Goma, la population traverse une situation dramatique, mais certains élus donnent parfois l’impression de confondre action politique et mise en scène sociale. Distribuer des biens ou poser des actes symboliques ne remplace pas une vision politique capable de transformer réellement les conditions de vie.
Journaliste :
Vous parlez aussi de pratiques douteuses à l’Assemblée…
Arsène Zagabe :
Ce n’est un secret pour personne : certains élus utilisent les mécanismes parlementaires comme des instruments de pression. C’est un environnement dans lequel plusieurs élus évoluent malheureusement. Quand des questions parlementaires deviennent des outils de négociation officieuse ou de recherche d’argent, on n’est plus dans la représentation du peuple, mais dans une forme de marchandage politique.
Journaliste :
Dans sa communication, il se présente parmi les “loyaux”…
Arsène Zagabe :
C’est justement là où le discours devient problématique. Se proclamer loyal en laissant entendre que d’autres ne le sont pas, sans preuve ni clarté, relève d’une stratégie assez classique : se valoriser par insinuation. Mais en réalité, cela peut aussi traduire une volonté de se repositionner, peut-être dans l’espoir d’accéder à des fonctions plus élevées.
Journaliste :
Quel regard portez-vous sur la dynamique au sein de l’AFDC ?
Arsène Zagabe :
L’AFDC et l’AFDC-A ne sont pas des structures qu’on manipule au gré des ambitions individuelles. Aujourd’hui, une nouvelle génération, composée majoritairement de jeunes cadres, observe attentivement ces jeux politiques. Et contrairement à ce que certains pourraient penser, cette jeunesse n’est ni naïve ni achetable.
Journaliste :
Vous avez évoqué une tentative de corruption vous concernant…
Arsène Zagabe :
Oui, et cela illustre parfaitement le système dans lequel certains évoluent, y compris autour de ces genre d’acteurs. En 2019, on m’a proposé 5000 dollars et un poste à l’ONEM. J’ai refusé. Ce refus dérange souvent ceux qui pensent que tout s’achète. Mais moi, je préfère rester debout que de vivre à genoux.
Journaliste :
Un mot de conclusion ?
Arsène Zagabe :
La politique congolaise souffre moins d’un manque de discours que d’un manque de sincérité. Et tant que certains continueront à travestir leurs ambitions personnelles en loyauté, nous resterons dans une illusion collective. La trahison, en politique, n’est pas un détail : c’est un poison, comparable à Ebola ou au COVID-19. Et comme tout poison, elle finit toujours par produire ses effets.