Une dynamique nouvelle semble se dessiner dans le conflit qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Sous une pression diplomatique accrue, notamment de États-Unis, le Rwanda a entamé un retrait progressif de ses positions dans les zones densément peuplées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, selon plusieurs sources locales concordantes, depuis quelques jours.
Un retrait visible sur le terrain
Dans la nuit du vendredi 27 mars 2026, aux environs de 22 heures, près de 27 camions transportant des éléments des Forces de défense du Rwanda ont traversé la frontière congolo-rwandaise via Kabuhanga, dans le groupement de Kibumba. Des témoins présents sur place et le long de la frontière confirment ce mouvement de repli, tout en signalant un renforcement militaire du côté rwandais de la frontière.
Ce retrait ne se limite pas à cette zone. Des mouvements similaires ont été observés ce samedi 28 mars dans plusieurs localités stratégiques : Dans le territoire de Lubero, notamment dans les villages de Pitakongo et Bunyatenge, à l’ouest de Kirumba, à Minova, dans le territoire de Kalehe.
Ces déplacements de troupes sont présentés comme des « mesures de confiance » destinées à favoriser un climat propice à un éventuel processus de paix.
L’accord de Washington en toile de fond
Ce retrait intervient dans un contexte marqué par la mise en œuvre progressive de l’accord de Washington, dont les contours restent encore flous pour une grande partie de l’opinion congolaise. Si certains y voient les prémices d’une désescalade durable, d’autres s’interrogent sur les étapes concrètes à venir et les garanties de sécurité pour les populations civiles.
L’AFC/M23 face à un tournant décisif
Privé de son soutien militaire rwandais, le mouvement rebelle AFC/M23 apparaît de plus en plus vulnérable face à la puissance de feu des Forces armées de la République démocratique du Congo. Plusieurs analystes sécuritaires estiment que cette rébellion ne pourrait survivre seule sans son appui extérieur.
Dans ce contexte, une pression croissante s’exerce sur les rebelles pour accepter un règlement politique. Kinshasa pose déjà ses lignes rouges : cantonnement des combattants, intégration conditionnelle dans les forces régulières et justice pour les crimes commis.
À défaut d’un accord rapide, l’option militaire reste sur la table, avec la possibilité d’un cantonnement forcé, voire d’une neutralisation des groupes armés.
Les Wazalendo et les FARDC gagnent du terrain
Sur le terrain, la dynamique militaire semble basculer en faveur des forces loyalistes. Dans le territoire de Walikale, les combattants Wazalendo, alliés aux FARDC, ont repris le contrôle de l’agglomération de Mpety.
Leur progression s’est intensifiée ces derniers jours avec la reconquête de plusieurs localités du groupement Ikobo : Kanune, Kateku, Bukumbirwa et Rusamambu.
Face à cette avancée, les rebelles se replient vers Buleusa, et pour certains vers Miriki, dans le territoire de Lubero.
Selon une source interne à la rébellion, ce retrait pourrait atteindre jusqu’à 30 kilomètres en profondeur à partir de leurs positions initiales.
Climat d’incertitude et mouvements de population
Dans ce contexte incertain, la peur gagne du terrain parmi les populations et les collaborateurs du mouvement rebelle. Plusieurs Congolais ayant prêté allégeance à l’AFC/M23 cherchent désormais à fuir les zones de conflit, certains allant jusqu’à évacuer leurs familles vers des pays voisins de la RDC.
Ce climat d’angoisse traduit une perte de confiance progressive dans la capacité du mouvement à maintenir ses positions face à la pression militaire et diplomatique.
Vers une désescalade durable ?
Si le retrait des troupes rwandaises constitue un signal encourageant pour certains observateurs, il reste à savoir s’il s’inscrit dans une stratégie durable de paix ou dans une simple manœuvre tactique.
Une chose est certaine : l’avenir de l’Est congolais se joue désormais à la croisée des chemins, entre diplomatie internationale, recomposition militaire sur le terrain et volonté politique des acteurs impliqués.
La suite dépendra autant de la sincérité des engagements que de la capacité des parties à transformer ces « mesures de confiance » en un véritable processus de paix.