Les récentes explications du ministre des Finances Doudou Fwamba Likundé Li-Botayi concernant les retards dans le paiement des salaires des fonctionnaires en République démocratique du Congo se veulent rassurantes. Dans une interview accordée à Geopolis Hebdo, le ministre évoque des tensions temporaires de trésorerie en début d’année, liées notamment au calendrier fiscal du pays. Selon lui, les recettes fiscales les plus importantes n’arrivent qu’à partir du 30 avril, avec le paiement du solde de l’impôt sur les bénéfices professionnels.
En attendant cette période, l’État continue de payer ses agents, mais avec un léger décalage. Si cette explication technique peut sembler cohérente sur le plan budgétaire, elle soulève néanmoins des questions sur la structure et la prévisibilité de la gestion des finances publiques.
En effet, dans un État moderne, la paie des fonctionnaires constitue une dépense prioritaire et récurrente qui devrait être sécurisée par une planification budgétaire stable. Le fait que les salaires puissent subir des retards, même de quelques jours, révèle une dépendance excessive aux rentrées fiscales ponctuelles et une faible marge de manœuvre de la trésorerie publique. L’argument des dépenses sécuritaires liées à la guerre dans l’Est, notamment face à la rébellion du Mouvement du 23 mars, est également avancé par le ministre pour justifier ces tensions. Mais cette situation met en lumière un défi plus profond : celui de la capacité de l’État congolais à concilier ses obligations sociales internes avec des charges exceptionnelles imposées par le contexte sécuritaire.
Par ailleurs, le ministre évoque un facteur plus inattendu : l’appréciation récente du franc congolais, qui aurait réduit certaines recettes publiques. Si la stabilité de la monnaie peut renforcer le pouvoir d’achat des citoyens, elle peut effectivement avoir des effets indirects sur les recettes de l’État, notamment dans une économie largement dépendante des exportations minières et des flux en devises. Toutefois, cet argument illustre aussi la vulnérabilité structurelle des finances publiques congolaises aux fluctuations économiques et au marché des matières premières.
Enfin, la promesse d’un retour à la normale à partir du 30 avril 2026, grâce aux principales recettes fiscales et à la reprise des exportations de cobalt, pose une autre question fondamentale : celle de la dépendance de l’économie nationale aux ressources minières. Tant que l’équilibre budgétaire restera étroitement lié aux cycles des matières premières, la gestion financière de l’État restera exposée à des tensions périodiques. Dans ce contexte, les retards de paiement observés aujourd’hui pourraient être moins un simple incident de trésorerie qu’un signal révélateur des fragilités structurelles de la gouvernance économique en République démocratique du Congo.