Des enfants , des femmes, des Pères, toute une population massacrée à Luvungi.
Luvungi, dans la plaine de la Ruzizi, est devenue en l’espace de quelques heures un mystère sanglant qui secoue toute l’opinion congolaise. Une localité déjà éprouvée par la guerre, mais qui, cette fois, s’est réveillée sans qu’aucune autorité militaire — ni loyaliste, ni rebelle — ne revendique sa présence. Ce vide inhabituel ouvre une question lourde, urgente, dérangeante : qui a massacré les habitants de Luvungi ?
Ce drame survient après une journée marquée par des annonces contradictoires. Des partisans de l’AFC/M23 avaient célébré la « prise » du village, tandis que de nombreuses voix congolaises affirmaient, preuves à l’appui, que Luvungi restait sous contrôle des FARDC et des groupes d’autodéfense wazalendo. À la même heure, certains médias rapportaient la version d’une occupation rebelle, créant un brouillard informationnel qui persiste encore aujourd’hui.
Les FARDC, pour leur part, expliquent s’être retirées temporairement afin d’épargner les civils. Une décision qui, si elle est avérée, soulève une interrogation fondamentale : si l’armée n’était plus sur place, qui a tiré, tué, semé la panique pendant la nuit ?
L’AFC/M23, étonnamment silencieuse sur sa présence à Luvungi, s’est empressée d’affirmer qu’elle ne revendiquait aucune avancée territoriale dans les récents combats. Une prudence qui, selon plusieurs observateurs, s’explique par le cessez-le-feu officiellement en cours et les discussions diplomatiques de Doha et de Washington. Revendiquer un territoire au moment où s’y produit un massacre reviendrait à s’exposer à une condamnation internationale immédiate.
Autrement dit : Luvungi est devenue un fardeau que personne ne veut porter.
Hier, une vidéo montrant des combattants traversant la rivière Luvubu a envahi les réseaux sociaux. Filmée avec soin, bien cadrée, commentée en kinyarwanda, elle a surpris par son aspect quasi promotionnel. Pourtant, beaucoup se sont arrêtés aux visages et aux accents des hommes filmés, oubliant qu’au Kivu, plusieurs communautés congolaises parlent aussi le kinyarwanda. Ce qui devait manipuler la perception a au contraire entretenu le doute.
Dans le même temps, des images d’un rassemblement à Kamanyola ont été diffusées, renforçant l’idée d’une opération de diversion soigneusement planifiée. Tout semble indiquer que les protagonistes cherchent moins à éclairer l’opinion qu’à se dédouaner.
Aujourd’hui, alors que Luvungi panse ses blessures et compte ses morts, aucun camp ne veut assumer la responsabilité du désastre. Les FARDC disent avoir protégé les civils par leur retrait. L’AFC/M23 se retranche derrière le cessez-le-feu pour nier toute prise de territoire. Les wazalendo, eux aussi, restent silencieux sur leur présence réelle.
Résultat : Luvungi est un village où l’on a tué, mais où personne ne dit avoir été là.
Face à cette situation, une question s’impose, nette, implacable, et l’opinion la pose avec force :
Qui a massacré la population de Luvungi ?
Tant que cette interrogation n’aura pas trouvé de réponse, le drame de Luvungi restera l’un des symboles les plus sombres de cette guerre où les civils vivent, meurent et disparaissent dans un silence que personne ne veut assumer.