Par Kabasele Mpangi Justin
Citoyen engagé pour la démocratie et l’État de droit en RDC
Il y a, dans l’attitude récente du président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, une confusion dangereuse entre morale privée et responsabilité publique, entre foi religieuse et exigence républicaine. À l’heure où l’État de droit est censé s’enraciner solidement en République démocratique du Congo, cette confusion mérite d’être dénoncée avec force.
Un pardon politique qui n’a rien d’innocent
Depuis plusieurs jours, le président de la chambre basse multiplie les réunions à huis clos avec les députés de son propre camp. Objectif : demander pardon pour des actes, des paroles, des choix ou des comportements qui, de son propre aveu, ont pu blesser ou décevoir. Un geste apparemment humble, mais hautement stratégique.
Dans toute démocratie sérieuse, le pardon n’efface pas la responsabilité politique. Il ne saurait constituer un acte de substitution à l’évaluation du bilan, à l’examen des faits, ni à la reddition de comptes. Ce qui se joue ici n’est pas une simple affaire de relations humaines entre collègues ; c’est une tentative de sauver un pouvoir contesté par la base parlementaire elle-même.
Cette repentance n’est ni spirituelle, ni morale. Elle est éminemment politique et tactique. Elle vise à désamorcer une motion de destitution qui prend forme dans les rangs de l’Assemblée, à un moment où l’autorité morale de son président est profondément entamée.
Des révélations graves du CENAREF
Au même moment, le CENAREF (Centre National de Renseignements Financiers) révèle l’existence de comptes fictifs associés au nom de Kamerhe, une affaire au potentiel explosif. Que ces fonds soient liés à des activités illicites ou à des montages financiers douteux, la gravité de telles révélations exige une réaction institutionnelle forte, et non des silences coupables.
Le CENAREF ne peut pas être un instrument d’intimidation politique à géométrie variable. S’il dit vrai, la justice doit s’autosaisir. S’il s’agit de manipulations, alors c’est l’organe lui-même qui doit rendre compte. Mais en aucun cas, on ne peut banaliser une telle alerte.
Le président de l’Assemblée nationale, deuxième personnage de l’État, ne peut pas rester à son poste sous une telle ombre. Il doit soit se justifier devant la justice, soit s’expliquer devant le Parlement, soit se retirer temporairement au nom de l’éthique républicaine.
Une motion de destitution sous pression
Les rumeurs persistantes d’une motion de destitution montrent que même au sein de la majorité, la confiance est ébranlée. Ce n’est pas le fruit d’un complot, mais le signe d’un désaccord profond sur la manière dont le perchoir est géré.
Mais là encore, les pratiques politiques de l’ancien régime refont surface : promesses de postes, pressions, intimidations, manipulations. Des stratégies de court-circuitage sont en cours pour étouffer la voix des députés qui veulent jouer leur rôle de contre-pouvoir.
C’est ici que l’opinion publique doit rester vigilante. Car quand les élus ne peuvent plus contrôler librement leurs pairs, alors la démocratie n’est plus qu’une façade.
L’État de droit en péril
Ce que révèle l’affaire Kamerhe n’est pas simplement un conflit de personnes. C’est un test décisif pour notre jeune démocratie :
Sommes-nous capables de faire primer l’éthique publique sur les arrangements personnels ?
Acceptons-nous que des affaires graves soient noyées dans le pardon privé, sans aucune conséquence politique ou judiciaire ?
Allons-nous regarder nos institutions être détournées de leur mission première : servir le peuple, et non protéger les puissants ?
L’appel au sursaut
L’opinion nationale ne peut rester passive. Il est temps d’exiger :
* La transparence totale sur les faits révélés par le CENAREF.
* Le respect du débat parlementaire, y compris pour une motion de destitution.
* L’indépendance de la justice, libérée des pressions politiques.
* La fin de la culture de l’impunité, même – et surtout – au sommet de l’État.
Ce pays ne pourra jamais bâtir un avenir solide si ceux qui le dirigent refusent de rendre des comptes. Et aucun responsable, quelle que soit sa popularité passée, ne peut être au-dessus des lois.
Kabasele Mpangi Justin
Citoyen engagé pour la démocratie et l’État de droit