L’AFC/M23, dont les modes opératoires, la structuration et les capacités militaires sont désormais largement reconnus par plusieurs rapports internationaux comme étant étroitement liés à l’appareil militaire rwandais, a annoncé un retrait de la ville d’Uvira pour ce 17 janvier 2026. Cette annonce, loin d’être un acte de bonne foi, doit être examinée avec une extrême prudence, au regard des précédents récents et des méthodes bien connues de ce mouvement.
Il y a moins de deux mois, cette même force avait déjà annoncé un retrait d’Uvira. Or, grâce à la vigilance accrue des populations locales et à la circulation d’images et de témoignages crédibles, l’opinion nationale et internationale avait rapidement compris qu’il s’agissait d’un retrait-piège. L’objectif était clair : inciter les populations déplacées à regagner la ville, afin de recréer un environnement humain favorable à l’occupation rebelle.
Aucune rébellion ne peut durablement s’installer sans populations civiles : les civils servent à la fois de boucliers humains, de leviers médiatiques et parfois d’otages. Cette stratégie est documentée dans plusieurs conflits, y compris dans les précédentes occupations du M23 à Rutshuru, Bunagana et Kiwanja. Des informations concordantes faisaient d’ailleurs état de projets d’assassinats ciblés et de représailles contre des civils supposés favorables à l’État congolais, une fois la population revenue.
L’effondrement des justifications avancées par l’AFC/M23
L’argument central brandi par l’AFC/M23 pour justifier la prise d’Uvira – la prétendue protection de la communauté Banyamulenge – ne résiste pas à l’analyse des faits. Les combats aveugles menés sur les collines d’Uvira et de Fizi ont causé davantage de pertes au sein des populations Banyamulenge elles-mêmes que parmi les FARDC, contredisant totalement le discours officiel du mouvement.
Cette réalité a profondément fragilisé la narration rebelle, y compris auprès des communautés qu’il prétend défendre, révélant une fois de plus que les civils ne sont pour l’AFC/M23 qu’un prétexte stratégique, jamais une finalité humanitaire.
L’échec logistique et économique de l’occupation d’Uvira
Sur le plan opérationnel, l’occupation d’Uvira s’est heurtée à un obstacle majeur : la fermeture de la frontière de Kavinvira entre la RDC et le Burundi. Cette fermeture a empêché les rebelles de mettre en place leur système habituel de survie économique fondé sur :
- le pillage organisé,
- le commerce transfrontalier illicite,
- la contrebande,
- et l’imposition d’une administration parallèle.
Contrairement à d’autres zones occupées par le passé, Uvira ne leur offrait pas les conditions nécessaires pour stabiliser leur présence. Aucune justification militaire, économique ou sociale crédible ne soutenait donc cette occupation.
Une stratégie du chaos et de la manipulation narrative
Lors de leur première annonce de retrait, les rebelles avaient tenté une manœuvre bien connue : abandonner des tenues militaires et dissimuler des armes en milieu urbain, dans l’objectif de provoquer des affrontements en zone densément peuplée entre les FARDC, les patriotes Wazalendo et des éléments infiltrés.
L’objectif était limpide : fabriquer un narratif accusant l’État congolais de violences urbaines, une stratégie déjà observée à Goma et ailleurs.
La question burundaise : un signal géopolitique troublant
Une interrogation majeure s’impose : pourquoi le Rwanda a-t-il intensifié ses démarches diplomatiques envers le Burundi précisément après la prise d’Uvira ? Pourquoi chercher à rouvrir une frontière fermée depuis des mois, bien avant même la chute de Bukavu ?
La réponse est stratégique. Kigali cherche à faciliter les corridors logistiques de sa rébellion et à donner une apparence de normalisation régionale à une occupation illégale. Or, une ouverture de la frontière Rwanda–Burundi, dans ce contexte, représenterait un risque majeur pour le Burundi lui-même, dont l’histoire reste profondément marquée par les violences régionales auxquelles le Rwanda a été mêlé. La méfiance burundaise est historiquement et politiquement fondée.
Un retrait tactique, non une capitulation
Il serait donc dangereux de considérer cette nouvelle annonce de retrait comme un succès diplomatique ou militaire définitif. Il s’agit d’un redéploiement tactique, motivé par :
- les pertes humaines subies,
- la résistance locale,
- l’impossibilité de gérer durablement Uvira,
- et la volonté de consolider les positions à Goma et Bukavu.
L’objectif final est clair : arriver aux négociations sous l’égide de l’Union africaine en position de force, tout en donnant l’illusion d’une bonne volonté par une « libération » calculée d’Uvira.
Vigilance absolue
L’expérience récente impose une conclusion sans ambiguïté :
ce retrait ne doit ni être célébré, ni minimisé, mais scruté avec une vigilance maximale.
Les éléments de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda, ont démontré leur détermination à tuer, manipuler et déstabiliser sans scrupules pour atteindre leurs objectifs stratégiques. La RDC et ses populations n’ont d’autre choix que de renforcer la vigilance collective, militaire, citoyenne et diplomatique, afin de décourager toute nouvelle expansion.
Ouvrons les yeux. L’histoire récente nous a déjà trop appris pour ignorer les signaux.