Sud-Kivu : reprise des combats à 48 heures de l’accord annoncé de Washington

À seulement deux jours de la signature attendue de l’accord de Washington entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sécuritaire s’est brutalement détériorée ce mardi 2 décembre 2025 dans plusieurs zones du Sud-Kivu. De violents affrontements ont éclaté dès l’aube entre les forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), soutenues par les groupes Wazalendo, et les combattants de l’AFC-M23 accompagnés, selon des sources locales, d’unités de l’armée rwandaise (RDF).

Dans la plaine de la Ruzizi, les combats se sont concentrés autour de Katogota, dans le groupement Itara-Luvungi. Les affrontements ont été signalés sur les collines situées à l’ouest de la RN5, à environ trois à quatre kilomètres de l’axe routier, une zone stratégique régulièrement disputée pour ses positions élevées offrant une vue dominante sur la plaine. Les habitants de Luvungi, de Lubarika et des villages environnants témoignent d’explosions répétées, visibles depuis les premières heures du jour, qui ont paralysé toute activité sociale et économique.

Plus au nord, d’autres accrochages ont été rapportés à Nyangezi et à Cyivanga, dans le territoire de Kalehe, où des renforts de l’AFC-M23 auraient été déployés dans la nuit. Les détonations entendues dès 5 heures du matin ont semé la panique parmi la population, qui évoque une intensité inhabituelle des combats pour cette zone pourtant déjà marquée par l’instabilité.

Ces attaques interviennent dans un climat diplomatique extrêmement sensible. Alors que Washington prépare la cérémonie de signature d’un accord présenté comme un tournant décisif dans la recherche de la paix, plusieurs acteurs locaux dénoncent ce qu’ils qualifient déjà de violation des engagements obtenus lors des précédentes discussions, notamment celles menées à Washington et à Doha. Pour eux, la multiplication des offensives dans les heures qui précèdent la signature traduit un double langage inquiétant et une volonté d’imposer un rapport de force sur le terrain avant toute concession politique.

Cette escalade n’est pas isolée. Depuis plusieurs jours, l’AFC-M23 est accusé d’avoir étendu ses opérations offensives dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, notamment à Mwenga, où les localités de Kilugudwe et Kasika ont été visées, ainsi qu’à Fizi, où Timbyangoma, Kinyokwe, Rugezi et Kwasabuni ont subi de nouvelles incursions. Les hauts plateaux ont également été touchés, notamment dans les zones de Kaziba, Tchivanga-Hombo, Minembwe-Rugezi et Ngunungu-Minembwe. Partout, les populations civiles se retrouvent piégées entre les lignes de front, contraintes de fuir ou de se cacher dans des conditions précaires.

À 48 heures d’un accord présenté comme historique, cette reprise des hostilités ravive les inquiétudes quant à la capacité réelle des parties à respecter un cessez-le-feu durable. Sur le terrain, les Congolais interrogés expriment un mélange de lassitude, de peur et d’incompréhension face à un conflit qui semble se renforcer à chaque étape diplomatique.

Pour l’heure, aucune déclaration officielle n’a été faite par Kinshasa ou Kigali concernant ces incidents. Mais dans un contexte où chaque attaque peut redéfinir l’équilibre des forces, ces affrontements viennent assombrir les espoirs de paix à la veille d’une négociation cruciale.

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